Alger accepte de reprendre ses migrants expulsés de Belgique en contre partie de la circulation sans visas des détenteurs de passeports diplomatiques

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Julien Moreau
Julien Moreauhttps://alg247.com
Journaliste couvrant l’actualité politique et institutionnelle européenne et française. Il traite des politiques publiques, des débats sociétaux et des évolutions législatives dans leur contexte continental.

L’Algérie et la Belgique ont signé mardi 31 mars à Bruxelles deux accords migratoires présentés comme indissociables : le premier organise la réadmission des ressortissants algériens en situation irrégulière sur le territoire belge, le second accorde une exemption de visa aux détenteurs algériens de passeports diplomatiques et de service. Cette double entente, qualifiée d’« historique » par Bruxelles, marque un tournant dans des relations bilatérales longtemps bloquées sur la question des expulsions.

C’est au Palais d’Egmont, siège des réceptions diplomatiques du gouvernement belge, que le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a apposé sa signature aux côtés de son homologue Maxime Prévot et de la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt. La rencontre, qui s’inscrit dans la continuité d’un déplacement de Maxime Prévot à Alger en juillet 2025, concrétise plusieurs mois de négociations discrètes entre les deux capitales. Au-delà des questions migratoires, la visite a également permis d’évoquer de nouvelles perspectives de coopération commerciale et énergétique, une mission économique belge étant prévue en Algérie dans les semaines à venir.

Un taux d’expulsion proche de zéro qui a forcé la négociation

Les chiffres avancés par le cabinet de la ministre Van Bossuyt éclairent la logique de cet accord. En 2025, 2 251 personnes déclarant avoir la nationalité algérienne ont reçu un ordre de quitter le territoire belge. Seules 85 d’entre elles ont effectivement quitté le pays, volontairement ou sous la contrainte. Par ailleurs, 780 détenus se déclarant de nationalité algérienne se trouvent actuellement dans les prisons belges, dont 700 sans titre de séjour légal. Ce fossé abyssal entre les décisions administratives et leur exécution effective constitue le nœud du problème que Bruxelles entendait résoudre. La ministre Van Bossuyt a rappelé que « la réussite d’une politique migratoire crédible et cohérente dépend d’un retour effectif des personnes n’ayant pas le droit de séjourner en Belgique ».

Des procédures d’identification ramenées de plusieurs mois à quinze jours

L’accord de réadmission, qui doit encore être validé par le Parlement belge avant d’entrer en vigueur, détaille une série d’engagements concrets visant à accélérer l’ensemble de la chaîne administrative. Il prévoit notamment d’accélérer les procédures d’identification des personnes concernées, avec un délai estimé à environ quinze jours, ainsi que la délivrance de documents de voyage dont la durée de validité est portée à trente jours afin de faciliter les retours. Cette dernière disposition répond à un problème pratique récurrent : lorsqu’un laissez-passer expire avant qu’une première tentative d’expulsion ait abouti, la procédure doit repartir de zéro. Le texte prévoit également la possibilité de transférer plusieurs personnes par vol et de recourir à des vols directs ou indirects, ainsi que la possibilité de faire appel à des escorteurs algériens en cas de retour forcé. Cette dernière clause — des agents algériens accompagnant physiquement leurs propres ressortissants lors d’expulsions — constitue l’une des dispositions les plus inédites de l’accord.

La contrepartie : des facilités de circulation pour les diplomates algériens

En contrepartie du durcissement des procédures d’expulsion, le second volet de l’entente accorde une exemption de visa aux officiels algériens munis de passeports diplomatiques ou de service. Ce geste de réciprocité diplomatique n’est pas anodin dans le contexte régional actuel. L’accord sur l’exemption des visas survient quelques mois après la décision d’Alger de dénoncer une entente similaire avec la France en août dernier, en pleine crise diplomatique entre les deux pays. En acceptant de signer un dispositif comparable avec Bruxelles, Alger marque une distinction de traitement entre ses partenaires européens — distinction qui ne manquera pas d’être relevée à Paris. Du côté algérien, le chef de la diplomatie Ahmed Attaf a présenté les deux textes comme portant « suppression des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service » et visant à « encadrer la coopération en matière de mobilité des personnes », sans entrer dans le détail des mécanismes de réadmission.

Un accord structurel dans une politique migratoire en durcissement

La ministre Anneleen Van Bossuyt a fait des accords avec les pays d’origine un axe prioritaire de sa politique visant à réduire les demandes d’asile et à augmenter les retours effectifs après un ordre de quitter le territoire. L’entente avec Alger s’inscrit dans cette stratégie globale, dont l’Algérie représente l’un des cas les plus délicats en raison du volume de ressortissants concernés et des difficultés historiques d’identification. La signature s’accompagne d’une perspective d’élargissement : le ministre Maxime Prévot a évoqué d’autres chantiers en préparation, notamment dans la coopération judiciaire et policière, estimant que « quand deux pays signent de tels accords en si peu de temps, c’est la preuve que la confiance est là, que le dialogue est franc et productif ». Le chef de la diplomatie belge a par ailleurs rappelé l’importance de la diaspora algérienne en Belgique, soulignant que plus de trente mille Belges d’origine algérienne contribuent au tissu économique, hospitalier, universitaire et culturel du royaume.

Le Parlement belge, ultime verrou avant l’entrée en vigueur

Malgré l’enthousiasme affiché par les deux délégations, l’accord de réadmission n’est pas encore juridiquement contraignant. Le texte devra obtenir l’aval du Parlement belge avant son entrée en vigueur effective. Cette étape introduit une incertitude sur le calendrier de mise en œuvre, dans un contexte politique belge marqué par des tensions au sein de la coalition gouvernementale sur les questions migratoires. L’accord sur les exemptions de visa, de nature plus strictement diplomatique, devrait quant à lui suivre une procédure de ratification distincte et potentiellement plus rapide. Les deux délégations ont confirmé que les deux textes sont présentés comme liés : la ministre Van Bossuyt a souligné que « les deux pays s’engagent, et les deux accords vont ensemble », une formulation qui laisse entendre qu’une remise en cause de l’un pourrait fragiliser l’autre.

L’Algérie et la Belgique ont par ailleurs annoncé la tenue prochaine d’une mission économique à Alger, centrée sur les partenariats énergétiques — un volet qui prolonge la logique de ces accords et confirme la volonté des deux pays de structurer une relation bilatérale plus dense, au-delà de la seule gestion des flux migratoires.

Julien Moreau

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