Le Sénégal saisit le TAS après son titre de la CAN retiré par la CAF

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La Fédération sénégalaise de football a déposé un recours devant le Tribunal arbitral du sport le 25 mars 2026, contestant la décision de la CAF d’attribuer sur tapis vert la Coupe d’Afrique des nations 2025 au Maroc. L’instance de Lausanne a confirmé avoir enregistré l’appel, ouvrant une procédure juridique qui pourrait rebattre les cartes du football continental.

La bataille pour le titre de champion d’Afrique se joue désormais dans les salles d’arbitrage de Lausanne. Le Tribunal arbitral du sport a indiqué, ce mercredi 25 mars 2026, avoir enregistré un appel de la Fédération sénégalaise de football suite à la perte de la CAN sur tapis vert. Le recours vise à faire annuler la décision rendue le 17 mars par le jury d’appel de la Confédération africaine de football, qui avait déclaré le Sénégal perdant par forfait de la finale disputée le 18 janvier à Rabat — une finale que les Lions de la Teranga avaient pourtant remportée 1-0 après prolongation sur le terrain.

La nuit de Rabat : penalty contesté, sortie du terrain et chaos en tribunes

Pour comprendre cette affaire sans précédent, il faut revenir à cette soirée chaotique du stade Prince Moulay Abdellah. À la 90e minute, le Maroc avait obtenu un penalty très contesté par le camp sénégalais, provoquant un imbroglio inédit et une interruption prolongée du match, les joueurs du Sénégal quittant même temporairement la pelouse sur consigne de leur sélectionneur Pape Thiaw. Dans les gradins, l’ambiance dégénérait : des supporters sénégalais lançaient des projectiles et tentaient d’envahir le terrain. Les joueurs rentrés aux vestiaires finirent néanmoins par revenir sur la pelouse. Brahim Diaz manqua ensuite la tentative transformée en panenka, stoppée par Édouard Mendy, avant que Pape Gueye n’offre la victoire au Sénégal d’une frappe puissante dans la lucarne du gardien marocain à la 94e minute.

Le lendemain, la Fédération royale marocaine de football déposait une plainte auprès de la CAF, réclamant la victoire sur tapis vert. Fin janvier, le jury disciplinaire de la CAF avait dans un premier temps infligé des amendes aux deux fédérations sans remettre en cause le résultat acquis sur le terrain. Le Maroc avait alors décidé de faire appel.

Le revirement du 17 mars : les articles 82 et 84 invoqués

Le jury d’appel de la CAF a adopté une lecture radicalement différente de celle de la première instance. À l’issue de l’audience du 17 mars, l’instance panafricaine a décidé de déclarer l’équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale, le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la Fédération royale marocaine de football, nouveau champion d’Afrique.

Pour motiver ce revirement, le jury d’appel a estimé que le comportement de l’équipe du Sénégal, qui avait momentanément quitté le terrain en signe de protestation, relevait du champ d’application des articles 82 et 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des nations. L’article 82 stipule que si une équipe quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et définitivement éliminée de la compétition. Une qualification juridique que la Fédération sénégalaise de football a immédiatement rejetée, la qualifiant de décision « inique, sans précédent et inacceptable ».

Lausanne comme ultime recours face à une décision contestée

La Fédération sénégalaise de football a saisi le TAS et demande au tribunal d’annuler la décision du jury d’appel de la CAF et de déclarer le Sénégal vainqueur de la CAN 2025. La fédération a également sollicité la suspension du délai de dépôt du mémoire d’appel, au motif que la décision de la CAF du 17 mars 2026 ne contenait que le verdict du jury d’appel, sans les motifs détaillés. Les avocats sénégalais entendent ainsi attendre la notification des fondements juridiques complets avant de développer leur argumentation.

Le directeur général du TAS, Matthieu Reeb, a assuré que l’institution veillerait à ce que la procédure arbitrale soit menée « dans les meilleurs délais », tout en garantissant un procès équitable et indépendant pour toutes les parties. Conformément aux règles de procédure du TAS, l’appelant dispose d’un délai de vingt jours pour déposer un mémoire d’appel contenant ses arguments juridiques, après quoi les intimés disposent d’un autre délai de vingt jours pour présenter une réponse.

Un précédent qui interroge le droit du sport africain

L’affaire dépasse le seul cadre sportif et soulève des questions de fond sur la gouvernance du football continental. Des juristes spécialisés soulignent une différence fondamentale avec le précédent de la finale de la Ligue des champions 2019 entre le Wydad Casablanca et l’Espérance de Tunis : dans ce cas, les joueurs marocains avaient refusé de reprendre le jeu après un but refusé, et l’arbitre avait sifflé la fin du match en constatant l’abandon. Le Sénégal, lui, a repris le match et l’a mené jusqu’à son terme. Cette distinction factuelle constitue le cœur de l’argumentaire que Dakar compte développer devant les arbitres de Lausanne.

Sur le plan politique, les autorités sénégalaises ne se sont pas contentées du recours sportif. Le gouvernement sénégalais a demandé l’ouverture d’une enquête internationale sur des soupçons de corruption au sein de la CAF, chargeant l’avocat français Pierre-Olivier Sur de mener les investigations nécessaires. Des accusations que le président de la CAF, Patrice Motsepe, a fermement repoussées, affirmant qu’aucun pays africain ne bénéficierait d’un traitement plus préférentiel, plus avantageux ou plus favorable qu’un autre.

Une formation arbitrale à nommer, un calendrier à établir

Une formation arbitrale du TAS sera prochainement nommée pour statuer sur l’affaire, à la suite de quoi un calendrier de procédure sera établi. L’issue de ce litige, sans équivalent dans l’histoire de la CAN, conditionnera non seulement l’attribution du titre de champion d’Afrique 2025, mais aussi la légitimité des règles disciplinaires sur lesquelles la CAF a fondé sa décision. L’un des avocats de la fédération sénégalaise a résumé les enjeux en ces termes : « Ce n’est pas seulement l’intégrité du football africain mais l’intégrité du monde du football qui va être jugée devant le TAS. »

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