Liamine Zéroual, le président de la décennie noire, s’éteint à 84 ans

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Safia Rahmani
Safia Rahmanihttps://alg247.com
Journaliste spécialisée dans les questions de société, de mobilité internationale et de migrations. Elle analyse les politiques migratoires, leurs implications sociales et leurs évolutions juridiques.

Liamine Zéroual, le président de la décennie noire, s’éteint à 84 ans

L’ancien chef de l’État algérien Liamine Zéroual est décédé samedi 28 mars 2026 à Alger, des suites d’une longue maladie. Figure centrale de l’une des périodes les plus tourmentées de l’histoire contemporaine du pays, il laisse derrière lui le souvenir ambigu d’un homme d’État intègre, contraint de quitter le pouvoir avant le terme de son mandat.

L’ancien président de la République, le général Liamine Zéroual, s’est éteint à l’âge de 84 ans le samedi 28 mars, a annoncé la présidence de la République dans un communiqué. Selon ce communiqué, le décès est survenu à l’hôpital militaire Mohamed Seghir Nekkache à Alger, à la suite d’une longue maladie. En réponse à cette disparition, la présidence a décrété trois jours de deuil national à travers le territoire et dans les représentations diplomatiques à l’étranger, avec la mise en berne du drapeau national.

Un enfant des Aurès engagé dans la guerre de libération dès ses 16 ans

Né le 3 juillet 1941 à Batna, Liamine Zéroual rejoint l’Armée de libération nationale en 1957, à l’âge de 16 ans, pour combattre la domination française. Après l’indépendance, il reçoit une formation militaire au Caire, puis à Moscou entre 1965 et 1966, avant de suivre un cursus à Paris. Sa carrière au sein de l’Armée nationale populaire suit une progression méthodique : il commande successivement plusieurs régions militaires stratégiques, avant d’être promu général en 1988 et de prendre la tête des Forces terrestres l’année suivante. En 1989, cependant, il quitte les rangs de l’armée à la suite d’un désaccord avec le président Chadli Bendjedid sur des propositions de réorganisation militaire, avant de servir brièvement comme ambassadeur en Roumanie.

Désigné chef de l’État au cœur de la « décennie noire »

En 1993, le général Zéroual, alors chef d’état-major à la retraite, est nommé ministre de la Défense en remplacement de Khaled Nezzar, dans un contexte où l’Algérie est déjà plongée dans une spirale de violence sans précédent. Nommé chef de l’État en janvier 1994, il devient ensuite président de la République après son élection au suffrage universel en novembre 1995, un scrutin considéré comme une étape importante vers le retour à la légitimité institutionnelle. Ce double mandat — désignation puis élection — traduit la singularité de sa trajectoire : convoqué par l’institution militaire pour gérer l’urgence, il obtient néanmoins une légitimité populaire que peu de ses prédécesseurs avaient recherchée.

Des politiques de réconciliation dans un pays ensanglanté

Durant les cinq années passées à la tête de l’État, Zéroual engage deux grandes initiatives de réconciliation nationale. D’abord en 1995 avec la « politique de la rahma », qui permet à des milliers de combattants armés de déposer les armes. Deux ans plus tard, il entame des négociations avec les groupes islamistes, notamment l’Armée islamique du salut (AIS), qui accepte d’observer une trêve prolongée. Par ailleurs, il engage des réformes constitutionnelles dont la nouvelle Constitution, approuvée par référendum en novembre 1996, recueille le soutien de la majorité des partis légaux d’opposition. Néanmoins, ces avancées demeurent fragiles dans un pays où les massacres de masse se poursuivent et où les équilibres au sommet de l’État restent profondément instables.

Une fin de mandat marquée par les luttes internes au régime

À l’été 1998, Liamine Zéroual se retrouve confronté à une campagne de presse d’une rare violence ciblant son principal conseiller, le général Mohamed Betchine. Accusations d’affairisme, de corruption, d’abus de pouvoir : les attaques visent ostensiblement le bras droit du président, mais c’est bien la présidence elle-même qui se trouve sur le banc des accusés. Réputé pour sa droiture et son intégrité, Zéroual est estomaqué par l’ampleur des scandales révélés. Refusant de sacrifier son conseiller, il prend publiquement sa défense dans un discours du 18 août 1998, dénonçant la cabale orchestrée contre lui. Cette résistance ne fait qu’accélérer sa chute : en septembre 1998, il annonce sa décision d’écourter son mandat et d’organiser des élections présidentielles anticipées , ouvrant ainsi la voie à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika au palais d’El-Mouradia en avril 1999.

Vingt-sept ans de silence et de retraite à Batna

Après son départ du pouvoir, Zéroual choisit la discrétion, vivant tranquillement dans sa maison de Batna. Il ne s’exprime qu’à de très rares occasions publiques. En 2019, lors du hirak populaire qui emporte Bouteflika, il confirme avoir décliné une proposition de l’ex-patron du renseignement, Mohamed Mediène, de présider une instance de transition, témoignant d’une constance dans son refus de revenir sur la scène politique. En 2020, reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, il déclare avoir perçu chez lui une forte volonté d’édifier un nouvel État — l’une de ses dernières prises de parole connues avant sa disparition. Discret après son départ, il s’est tenu à l’écart de la scène publique, tout en conservant une image d’homme intègre et réservé, une réputation rare dans le paysage politique algérien.

Avec la disparition de Liamine Zéroual, l’Algérie perd l’un des derniers acteurs majeurs de la décennie 1990, une période de l’histoire nationale dont les blessures n’ont jamais été entièrement refermées. Les obsèques devaient être organisées dans les prochains jours, selon les autorités algériennes.

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