Guerre israélo-américaine contre l’Iran : au-delà des objectifs officiels

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La rédaction d’ALG247 est un collectif éditorial spécialisé dans l’analyse et la couverture de l’actualité internationale, géopolitique et économique. Les articles sont produits selon une méthodologie journalistique fondée sur le recoupement des sources, la contextualisation et la hiérarchisation de l’information.

Depuis fin février 2026, les États-Unis et Israël mènent une vaste campagne de frappes aériennes contre l’Iran. Officiellement, l’objectif est de neutraliser ses missiles, sa marine et son programme nucléaire.

Mais des enjeux stratégiques plus profonds se dessinent, mêlant ambitions régionales israéliennes et impératifs géoéconomiques américains, sur fond de tensions mondiales exacerbées.

Une offensive aux objectifs mouvants

L’escalade militaire entre Israël, soutenu par les États-Unis, et l’Iran a éclaté fin février 2026, après des mois de tensions nourries par les frappes israéliennes de juin 2025 contre des sites nucléaires iraniens. Réélu en novembre 2024 et investi en janvier 2025, Donald Trump a lancé une campagne aérienne massive pour « dégrader complètement les capacités balistiques iraniennes », détruire sa base industrielle de défense, et neutraliser sa marine et son aviation, selon ses propres déclarations récentes. Il a aussi évoqué la possibilité de récupérer 440 kg d’uranium enrichi enfoui sous une installation montagneuse, tout en excluant formellement un changement de régime, malgré des appels publics à la population iranienne pour « reprendre le contrôle de son gouvernement ».

Le commandement central américain (CENTCOM) a confirmé des frappes sur des usines de missiles et de drones, ainsi que sur des infrastructures militaires. Pourtant, au bout de quatre semaines de conflit, l’Iran continue de riposter avec des vagues de missiles contre Israël et ses voisins du Golfe, prouvant que ces capacités résistent malgré les déclarations américaines et israéliennes à ce propos. Cela questionne sérieusement la réalisation des buts affichés. La fermeture partielle du détroit d’Ormuz par l’Iran a en outre fait flamber les prix de l’énergie, touchant l’économie mondiale et révélant les limites d’une stratégie fondée sur la seule supériorité aérienne.

Cette offensive fait suite à une première vague de frappes en juin 2025, que Trump avait qualifiée de « destruction totale » du programme nucléaire iranien – une affirmation contredite par les faits actuels. Avant l’attaque, des négociations nucléaires américano-iraniennes progressaient pourtant et confirmées par des sources diplomatiques. Le conflit dure désormais depuis près d’un mois et des discussions de paix, grâce à des médiateurs de la région, sont attendues dès cette fin de semaine selon Axios, bien que Téhéran n’ait pas encore réagi ni confirmé cela.

Le contexte historique d’une rivalité persistante

Mohammad Mossadegh, né le 16 juin 1882 à Téhéran et mort le 5 mars 1967 à Ahmadabad, homme d’État iranien.

Pour comprendre cette guerre, il faut remonter à l’histoire tumultueuse des relations entre l’Iran, les États-Unis et Israël. En 1953, un coup d’État orchestré par la CIA et le MI6 renverse le Premier ministre Mohammad Mossadegh, qui avait nationalisé les champs pétrolifères au détriment de la British Petroleum (ex-Anglo-Iranian Oil Company). Ce précédent ouvre une ère d’ingérences occidentales récurrentes, renforcée par le soutien américain au shah Mohammad Reza Pahlavi jusqu’à la révolution islamique de 1979. Puis la guerre Iran-Irak (1980-1988), alimentée en armes par les États-Unis à Bagdad et aurait indirectement été alimentée par Israël à Téhéran, qui avait épuisé les deux camps, sans succès clair pour les instigateurs réels de cette guerre, Washington et Tel-Aviv.

Depuis, les sanctions économiques américaines, durcies après le retrait de Trump de l’accord JCPOA en 2018, n’ont pas stoppé le développement balistique iranien ni son influence régionale via le « front de la résistance » (Hezbollah, Houthis, factions irakiennes). Israël y voit une menace existentielle, nucléaire et idéologique, en raison du soutien de Téhéran aux groupes anti colonialistes dans la région. Les frappes de 2025 et 2026 prolongent ainsi une stratégie de longue date, où Tel-Aviv incite Washington à frapper préventivement, comme par exemple les assassinats ciblés de leaders iraniens politiques et militaires iraniens. Cette approche montre clairement la méconnaissance totale de la résilience du régime théocrático-républicain iranien, bâti sur une « doctrine de leadership mosaïque » qui assure une continuité de l’Etat malgré les pertes militaires.

Les Nouvelles routes de la soie

Ce conflit s’inscrit aussi dans un cadre mondial plus large. La Chine, par son “Initiative Belt and Road (BRI)” “Nouvelle route de la soie”, resserre ses liens avec l’Iran et les États du Golfe, défiant l’hégémonie du pétrodollar américain. Le système CIPS chinois, rival du SWIFT, facilite les transactions en yuans pour le pétrole iranien – un enjeu amplifié par la fermeture du détroit d’Ormuz. Par ailleurs, les États-Unis, engagés sur plusieurs fronts (Ukraine, Taïwan, Venezuela), peinent à tenir un effort militaire prolongé, comme l’a montré le retrait de trois porte-avions face aux Houthis en 2024-2025.

Trump, Netanyahu et la dynamique israélo-américaine

Donald Trump tient le centre de la scène de guerre ainsi dessinée, ballotté entre sa rhétorique « America First » et les pressions internes aux USA. Candidat en 2016, il fustigeait les guerres moyen-orientales comme des pièges profitant à Pékin ; aujourd’hui, il justifie l’offensive par une menace iranienne imminente, contestée par son ex-directeur du National Counterterrorism Center, Joe Kent, démissionnaire fin mars 2026, pourtant fidèle parmi les fidèles de Donald Trump. Dans une interview à Tucker Carlson, ce dernier affirme qu’aucune agence de renseignement ne validait une attaque iranienne imminente, et que la décision a été dictée en réalité par Israël, via un « écosystème » de lobbys et médias pro-israéliens (Fox News, Wall Street Journal) qui entourent l’administration de Trump. Il dénonce un « court-circuit » des agences américaines par des officiels israéliens, relayant de faux récits sur l’enrichissement nucléaire menant à une bombe atomique iranienne.

Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien depuis 1996, a décidé lui-même l’offensive. Il prône depuis des décennies de frapper l’Iran, voyant dans le chaos post-régime escompté une chance pour le « Grand Israël » dont il rêve lui et ses amis extrémistes religieux israéliens. Les objectifs divergent donc : Tel-Aviv mise sur une déstabilisation totale et un Iran balkanisé en « États vassaux », tandis que Washington cherche des gains tactiques limités en lien avec les enjeux internationaux. Cette asymétrie des objectifs s’est rapidement confirmée lors des premières frappes : Israël cible des leaders politiques et militaires iraniens, entraînant une escalade guerrière imprévue et incontrôlable pour les États-Unis.

L’Iran, gouverné par une structure hybride (élections et supervision cléricale), tient bon grâce à des drones hypersoniques et une fermeture conditionnelle du détroit d’Ormuz : passage libre pour les pays expulsant les ambassadeurs américains et adoptant le pétro-yuan. Téhéran promet aussi par ailleurs des sanctions réciproques et plus d’armes avancées pour la suite des hostilités.

Les enjeux : énergie, Chine et hégémonie mondiale

Le contrôle des flux énergétiques est en réalité au cœur de ce bras de fer. Le détroit d’Ormuz, par où passe 20% du pétrole mondial, devient une « arme économique » iranienne, menaçant le pétrodollar et boostant le yuan chinois. Les États-Unis veulent sécuriser le Golfe pour contrer la BRI, qui lie l’Iran à la Chine et à l’Europe. Pékin, grand client énergétique iranien et vénézuélien, profite indirectement de cette guerre: sans s’engager militairement, il observe Washington s’épuiser et se pose en médiateur pacifique potentiel.

Route de la Soie polaire: les ambitions arctiques de Pékin

Israël suit un agenda régional : diviser l’Iran pour bloquer la « route de la Soie » caspienne et affaiblir le front chiite (Irak, Syrie, Liban, Yémen). Cela rejoint le « projet du Grand Israël », de la Méditerranée à l’Euphrate. Mais des frappes touchant des civils (à l’exemple de l’école ciblée près d’une base navale en Iran) ou des alliés comme le Qatar risquent d’isoler encore plus Tel-Aviv.

Impasse militaire et négociations forcées

Malgré des avancées tactiques – marine et missiles iraniens ciblés en masse –, la victoire stratégique reste hors d’atteinte. La supériorité aérienne seule ne suffit pas, comme le reconnaissent des analystes en géopolitique comme ceux du Washington Institute (think tank américain basé à Washington qui se concentre sur la politique étrangère des États-Unis vis-à-vis des pays du Proche-Orient).

Doté d’une profondeur stratégique, l’Iran quant à lui promet une « victoire majeure » : levée des sanctions, compensations et veto mondial en sa faveur. Israël encaisse des destructions massives, accélérant l’émigration de colons et des populations vers des pays européens ou vers les USA ; un nouveau Moyen-Orient anti-américain se dessine désormais, il sera sans bases américaines au Golfe.

Des pourparlers via le Qatar et Oman pourraient mener à un cessez-le-feu : Israël stopperait ses offensives aériennes et les États-Unis lèveraient alors les sanctions contre la réouverture du détroit d’Ormuz. Trump, dealmaker autoproclamé, pourrait forcer Netanyahu à arrêter la guerre, sous menace de couper les aides qu’il lui fournit jusqu’ici. Sans tout cela, le conflit s’enlisera, profitant à la Chine et aux pays des BRICS. L’Europe, durement touchée par cette crise énergétique, presse quant à elle pour une coalition qui lui évitera un écroulement économique et financier annoncé.

ALG247.COM avec Global Research

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