Dans son discours sur l’état de l’Union, Donald Trump a accusé l’Iran de relancer son programme nucléaire pour menacer directement le sol américain. Il invoque un chaos informationnel afin de justifier une escalade militaire. Cette rhétorique rappelle les tactiques déployées contre l’Irak en 2003, mais avec des adaptations notables, imposées par un contexte géopolitique et intérieur profondément modifié.
Washington accentue ses pressions sur Téhéran depuis plusieurs mois. Ces tensions ont suivi les frappes américaines de juin 2025 sur des sites nucléaires iraniens, dans le cadre de l’opération « Midnight Hammer ». Réélu en novembre 2024, le président Trump a enchaîné les déclarations alarmistes. Son émissaire, Steve Witkoff, a ainsi affirmé que l’Iran se trouvait à « une semaine » d’une arme nucléaire, contredisant les responsables américains qui jugent les capacités iraniennes décimées. Parallèlement, des manifestations massives ont éclaté en Iran fin 2025. Réprimées dans le sang, elles ont fait au moins sept morts confirmés et des centaines d’arrestations, selon des organisations de droits humains. Téhéran accuse les États-Unis et Israël d’attiser ces troubles. De son côté, Trump exhorte les protestataires à « saisir leurs institutions » sur Truth Social, promettant une aide imminente sans en préciser la nature.
Un discours présidentiel aux accents guerriers
Prononcé fin février 2026, le discours sur l’état de l’Union marque un tournant dans la rhétorique de l’administration Trump. Le président y dépeint l’Iran comme « ravivant » son programme nucléaire pour viser le continent américain avec des missiles balistiques. Cette affirmation contredit ses propres officiels et des experts techniques. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a réitéré cette position, vantant les succès des frappes passées qui auraient « décimé » les installations iraniennes. Des fuites internes révèlent pourtant des divergences : Witkoff évoque une menace imminente. Trump brandit la menace d’une action militaire « bien pire » que les précédentes, tout en se disant ouvert à la diplomatie. Des négociations indirectes à Genève impliquent Jared Kushner et Witkoff. Téhéran propose un gel temporaire de l’enrichissement d’uranium en échange d’inspections internationales, mais refuse toute limitation de ses missiles balistiques. Ces déclarations entretiennent un flou stratégique, qualifié de « chaos informationnel » par des analystes, pour légitimer une pression ininterrompue.
Parallèles et ruptures avec l’Irak de 2003
La stratégie de Trump évoque les méthodes de George W. Bush en 2003. Ce dernier avait lié Saddam Hussein à une menace existentielle, après le 11 septembre, pour justifier l’invasion irakienne. Bush exploitait la peur collective en reliant l’Irak à al-Qaïda et aux armes de destruction massive, sur la base de renseignements contestés. Privé de ce contexte traumatique, Trump invente une menace directe sur le sol américain, sans preuves techniques sur les missiles iraniens. L’absence d’attaque iranienne contraignant, l’administration amplifie des chiffres : 32 000 morts attribués à Téhéran lors des protestations, un bilan supérieur aux estimations indépendantes et qualifié de « mensonges » par l’Iran. Les frappes de 2025 sur les sites nucléaires, associées à des cyberopérations et actions israéliennes, ont affaibli Téhéran mais ravivé les tensions régionales. Ce scénario 2026 se distingue par son isolationnisme « America First », qui évite les coalitions multilatérales au profit d’une posture unilatérale. Depuis le retrait américain de l’accord nucléaire en 2018 et l’assassinat de Qassem Soleimani en 2020, les relations sino-américaines n’ont cessé de se dégrader, jusqu’aux crises de 2025.
Une administration fracturée et des alliés distants
Des contradictions internes minent la cohérence stratégique de l’exécutif américain. Le vice-président JD Vance et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth limitent l’objectif au programme nucléaire, excluant un changement de régime. Trump interroge publiquement sur Truth Social pourquoi ne pas viser le « régime actuel incapable ». Des figures comme Stephen Miller, loyaliste et proche de la droite israélienne, imposent une ligne instinctive, loin des néoconservateurs de l’ère Bush. En Iran, le guide suprême Ali Khamenei et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi maintiennent une fermeté inébranlable. Ils conditionnent les pourparlers à l’arrêt des menaces et défendent le droit à l’enrichissement. Israël demeure l’unique allié inconditionnel de Washington, ayant épuisé ses intercepteurs lors du conflit de juin 2025. L’Europe perçoit les tactiques américaines – tariffs et pressions – comme une menace potentielle. Les négociations de Genève, entamées fin février, peinent ainsi à progresser : Téhéran y propose un moratoire temporaire contre des inspections strictes.
Nucléaire, missiles et stabilité régionale
Les demandes américaines cristallisent les enjeux : arrêt permanent de l’enrichissement d’uranium, démantèlement des sites restants, limitations des missiles balistiques et cessation du soutien aux proxies comme le Hezbollah ou les Houthis. Fragilisé par les sanctions et les protestations liées à l’effondrement du rial, Téhéran résiste sur les missiles, pilier de sa dissuasion face à Israël. Trump lie la question nucléaire à la répression interne, menaçant d’intervenir si les exécutions de manifestants se poursuivent – comme celle avortée d’Erfan Oltani en janvier. La Cour suprême, à majorité conservatrice, et les pouvoirs étendus post-11 septembre autorisent des « frappes limitées » sans aval du Congrès. L’enjeu dépasse ainsi le nucléaire pour toucher à la survie du régime clérical : Trump évoque un « nouveau leadership » à Téhéran. Les frappes de 2025 ont retardé le programme iranien de plusieurs années, selon l’administration ; des rapports indépendants doutent toutefois d’une destruction totale.
Diplomatie ou escalade imminente
Les pourparlers indirects à Genève, qualifiés de « prometteurs » par Araqchi, pourraient trancher à court terme. Une pause actuelle suit trois rounds. Trump a massé navires, sous-marins et porte-avions au Moyen-Orient, prêt pour des frappes dès le 21 février, selon des sources. Sans accord, une réponse militaire semble inévitable, potentiellement ciblant le leadership iranien, comme Khamenei dont la localisation serait connue. L’Iran promet des représailles sur Israël et alerte sur une déstabilisation régionale. Sans texte satisfaisant, Trump optera pour l’action, préservant son imprévisibilité stratégique, estiment des diplomates. Les protestations internes persistent malgré la répression, offrant un levier à Washington sans engagement direct. Les tensions sino-américaines demeurent vives, avec des négociations en suspens et une posture militaire américaine renforcée. L’évolution dépendra des prochaines sessions à Genève et des déclarations de Trump.
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