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vendredi, février 20, 2026

Epstein et le palais de Marrakech : Transfère de 27,7 millions de dollars vers le Maroc juste avant l’arrestation du pédocriminel

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Rédaction ALG247
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Charles Schwab a viré environ 27,7 millions de dollars au nom de Jeffrey Epstein vers un agent immobilier marocain, dans les dix jours précédant l’arrestation du financier en 2019 pour trafic sexuel. Ces opérations, révélées par des documents du département de la Justice américain (DOJ), interrogent la gestion des comptes d’Epstein par la banque d’investissement, alors sous le feu des projecteurs médiatiques.

Faits principaux de l’affaire

Jeffrey Epstein, arrêté le 6 juillet 2019 à l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey, cherchait à s’offrir un palais somptueux à Marrakech, le Bin Ennakhil. Aux murs drapés d’or, avec hammam et soixante fontaines en marbre, ce bien avait séduit le financier déchu après les révélations du Miami Herald en 2018 sur ses agissements. Charles Schwab, poids lourd des services financiers américains, a réalisé deux virements conséquents vers le compte d’un agent immobilier marocain, totalisant 27,7 millions de dollars, dans les jours critiques avant l’interpellation.

Le premier, de 15 millions de dollars, est parti le 28 juin 2019 d’un compte lié à Epstein. Le 2 juillet suivant, un second virement de 12,7 millions de dollars a été lancé, malgré un solde insuffisant sur le compte concerné, selon les documents officiels du DOJ. Schwab a signalé ces mouvements dans un rapport d’activité suspecte (SAR) transmis au réseau de lutte contre les crimes financiers (FinCEN) le 13 juillet 2019, une semaine après l’arrestation. La banque s’est retranchée derrière la loi sur le secret bancaire pour expliquer son silence initial.

Les fonds du second virement devaient être restitués le 10 juillet, mais leur retour effectif sur le compte d’Epstein demeure inconnu, d’après le SAR. Reuters révèle ces détails transactionnels pour la première fois, éclairant la manière dont Schwab gérait les finances du financier sous haute surveillance publique. La banque a décliné tout commentaire sur sa politique de virements internationaux en cas de fonds insuffisants, invoquant des contraintes réglementaires.

Contexte des opérations financières

Ces transferts surviennent dans une période explosive pour Jeffrey Epstein, dont les ennuis judiciaires ressurgissaient après sa condamnation de 2008 pour sollicitation de prostitution de mineures. En avril 2019, un proche de ce dernier ouvre des comptes chez Charles Schwab, vite repérés par l’équipe risque de la banque. Selon un courriel transmis à Reuters, Schwab lance une revue de ces comptes dès leur ouverture et, dans les deux mois suivants, notifie leur fermeture tout en alertant les autorités fédérales.

La Bank Secrecy Act impose aux banques américaines de déclarer toute activité suspecte dans les trente jours suivant sa détection, sous peine de sanctions. Tout flux en espèces supérieur à 10 000 dollars par jour doit aussi être signalé pour contrer le blanchiment. Schwab a rempli ces obligations avec son SAR déposé sept jours après l’arrestation, sans préciser quand son enquête interne a démarré. FinCEN s’est refusé à tout commentaire.

L’agent immobilier marocain, nommé Leon dans les documents, confirme que les banques ont procédé aux vérifications anti-blanchiment, mais que la vente n’a pas abouti. Le palais Bin Ennakhil a trouvé preneur auprès d’un autre acquéreur, précise-t-il. Les échanges évoquent une tentative de transfert plus massif vers un autre compte, sans plus de détails.

Rôles des acteurs principaux

Charles Schwab, leader mondial du courtage en bourse, se retrouve éclaboussé sans que sa responsabilité ne soit mise en cause. La banque garde le silence sur les comptes précis, derrière confidentialité et règles fédérales. Un porte-parole de Julius Baer, banque suisse peut-être intermédiaire, refuse aussi de s’exprimer, laissant un flou sur l’accueil effectif des fonds.

Du côté d’Epstein, son comptable Richard Kahn tient une place clé dans cette séquence. Le 9 juillet 2019, Kahn demande par courriel l’annulation du second virement, confirmée par un appel d’une personne anonymisée dans le SAR. Il doit témoigner la semaine prochaine au Congrès américain, convoqué par Robert Garcia du House Oversight Committee, pour clarifier son rôle dans les finances d’Epstein et d’éventuelles complicités. À ce jour, rien ne l’incrimine, note Reuters.

Epstein, incarcéré et accusé de trafic sexuel, meurt en août 2019 en détention – un suicide selon les autorités. Ses associés gèrent encore ses affaires financières après son arrestation, comme le montrent des échanges sur des virements futurs à double signature. L’avocat de Kahn n’a pas répondu à Reuters.

Enjeux réglementaires et financiers

Ces révélations soulignent les pièges de la surveillance des clients à haut risque pour les banques, surtout avec des virements massifs vers des pays comme le Maroc. Schwab a respecté la loi en signalant les opérations, mais exécuter un transfert malgré un solde insuffisant questionne ses procédures internes d’alors. L’annulation rapide et la restitution des fonds évitent une perte directe, tout en exposant l’institution à des risques jusqu’au rapatriement.

L’affaire relance le débat sur l’efficacité des contrôles anti-blanchiment aux États-Unis, où les SAR nourrissent les enquêtes fédérales. Les documents DOJ, publics, incluent ces précisions et attisent les spéculations sur d’autres flux financiers d’Epstein. Sa succession a réglé 44 millions de dollars pour une action collective de victimes, preuve des retombées civiles de ses actes.

Perspectives immédiates et suites judiciaires

L’audition de Richard Kahn au Congrès pourrait lever le voile sur la gestion des actifs d’Epstein, sans anticiper de rebondissements. Schwab a fermé les comptes et transmis le dossier aux autorités, tournant la page opérationnelle. Les enquêteurs fédéraux pourraient creuser les SAR pour croiser ces flux avec d’autres opérations suspectes du financier.

Reuters, via ses reporters à Londres, Washington et Toronto, signe cette enquête exclusive, éditée par Elisa Martinuzzi et Catherine Evans. L’affaire Epstein continue de déployer ses ramifications, notamment sur la transparence des flux internationaux. Le palais de Marrakech incarne un projet avorté parmi tant d’autres dans la saga du financier.

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Photos du Palais Bin Ennakhil à Marrakech (Maroc)

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