Les États-Unis accélèrent la formation de leur coalition « Pax Silica » pour contrer la domination chinoise sur les minéraux critiques, tandis que Pékin renforce ses réserves stratégiques. Cette rivalité, au cœur des chaînes d’approvisionnement technologiques, redessine en 2026 les équilibres géopolitiques entre alliances occidentales et autosuffisance asiatique.
Washington et Pékin se livrent une bataille acharnée pour le contrôle des ressources minières indispensables aux semi-conducteurs, aux batteries et aux aimants permanents. Selon un article du South China Morning Post paru le 19 février 2026, intitulé « Pax Sinica vs Pax Silica: how China-US mineral war is taking shape », cette compétition s’intensifie alors que les deux superpuissances profitent d’une trêve commerciale temporaire pour repositionner leurs intérêts. L’Europe, de son côté, lance son propre plan de constitution de stocks. La course aux minéraux critiques s’impose ainsi comme le fil rouge de l’année, mettant face à face deux visions inconciliables de la sécurité des approvisionnements.
Une trêve en trompe-l’œil
La pause dans la guerre commerciale sino-américaine, intervenue en octobre dernier, a ramené les tarifs douaniers imposés à Pékin à 47%. Mais cette accalmie n’a été qu’un répit stratégique : la Chine a suspendu pour un an ses contrôles à l’exportation de terres rares, offrant à ses partenaires le temps de renforcer leurs positions. Entreprises et gouvernements ont profité de cette parenthèse pour intensifier leurs opérations d’acquisition de minerais, notamment en Afrique, où les États-Unis tentent de dépasser les offres chinoises.
Dans ce contexte, la Pax Silica, lancée par Washington fin 2025, incarne une initiative clé visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques. En parallèle, l’Union européenne a dévoilé en décembre le RESourceEU Action Plan, son premier programme coordonné de constitution de stocks sur des matériaux stratégiques, tels que les aimants en terres rares et les composants de batteries, domaines encore dominés par la Chine. L’année 2026 s’annonce donc comme celle des repositionnements tactiques, bien plus que d’une paix commerciale durable.
Domination chinoise et réveil occidental
La Chine contrôle aujourd’hui 87% du raffinage mondial de minéraux critiques et 93% de la production de terres rares, résultat de plusieurs décennies d’investissements massifs. Pékin poursuit une stratégie d’autosuffisance destinée à sécuriser ses besoins internes tout en consolidant son emprise sur les marchés mondiaux. Face à cette hégémonie, les États-Unis misent sur une approche de coalition via la Pax Silica, afin d’exclure progressivement la Chine de leur écosystème technologique.
Cette confrontation s’enracine dans l’après-pandémie, amplifiée par la demande exponentielle en ressources pour l’intelligence artificielle, les véhicules électriques et les technologies militaires. L’Europe, dépendante à 98% des importations chinoises pour certains métaux, tente de réduire sa vulnérabilité par un stockpiling inédit. Mais les accords miniers conclus depuis des années par Pékin en Afrique et en Amérique latine donnent à la Chine une longueur d’avance difficile à combler.
Washington, Pékin et leurs alliés
Réélue en novembre 2024, l’administration Trump dirige la Pax Silica en partenariat avec le Japon, la Corée du Sud et l’Australie, désormais rejoints par les Émirats arabes unis et Singapour. Des négociations sont en cours avec plusieurs producteurs africains afin de concurrencer l’offre chinoise fondée sur des prêts à taux préférentiels. Pékin, pour sa part, consolide ses liens avec la Russie et l’Iran afin de diversifier ses approvisionnements tout en maintenant sa suprématie dans le raffinage.
Les entreprises constituent un maillon essentiel de cette rivalité. Aux États-Unis, des groupes comme Intel et Tesla défendent les chaînes d’approvisionnement « friendshorées ». En face, les géants chinois tels que Ganfeng Lithium dominent toujours les marchés d’extraction en Australie et au Chili. L’Union européenne, quant à elle, mobilise ses industriels — notamment Safran et Airbus — pour soutenir RESourceEU. L’affrontement entre capital américain et savoir-faire logistique chinois se joue ainsi sur plusieurs continents à la fois.
Technologies et suprématie mondiale
Derrière cette guerre des minerais se profile un enjeu plus large : la maîtrise des technologies clés, des semi-conducteurs à l’intelligence artificielle, piliers de la puissance économique et militaire. Les États-Unis craignent une dépendance à la Chine pour les composants critiques des F-35 ou des data centers. La Pax Silica vise donc à contrôler l’ensemble des chaines de valeur, de l’extraction à la transformation. Mais la Chine conserve une avance majeure : elle produit près de 70% des batteries lithium-ion mondiales.
Sur le plan géopolitique, cette rivalité accroît les tensions en Afrique, où Pékin finance depuis longtemps infrastructures et ports en échange d’un accès préférentiel aux ressources. Les États-Unis peinent encore à rivaliser, malgré des promesses d’investissements accrus. Parallèlement, la volatilité du marché — les prix des terres rares ont bondi de 30% en 2025 — pèse sur le coût des énergies vertes et de la défense. L’enjeu dépasse donc la simple compétition économique : il s’agit d’une lutte pour la souveraineté technologique dans un monde multipolaire.
Une bataille mondiale à long terme
À court terme, la suspension chinoise des contrôles à l’exportation offre une fenêtre d’opportunité aux Américains pour sécuriser de nouveaux accords miniers, notamment en Zambie et en République démocratique du Congo. Mais selon les analystes, Pékin pourrait rétablir certaines restrictions dès la fin de l’année si les tensions commerciales reprennent. L’Europe vise pour sa part à porter à 10% sa production domestique de matériaux critiques d’ici 2030, tout en restant dépendante des importations asiatiques.
Sur le terrain, la disproportion reste flagrante : la Chine détient environ 60% des réserves mondiales de terres rares, contre seulement 1,5% pour les États-Unis, qui injectent 5 milliards de dollars dans de nouveaux sites miniers. L’extension prochaine de la Pax Silica à l’Inde est à l’étude, après son exclusion initiale pour raisons stratégiques, afin de contrebalancer la montée en puissance indienne dans le raffinage. Les prochains mois mettront à l’épreuve la solidité des alliances occidentales face à la puissance combinée du modèle chinois.
En définitive, la rivalité sino-américaine autour des minéraux critiques oppose deux systèmes : l’un coalitionnel et financier, l’autre vertical et étatique. Les développements de 2026 dépendront de la capacité des États-Unis à convertir leur influence diplomatique en leviers industriels concrets, tandis que Pékin consolide inexorablement son avance technologique. Jusqu’ici, les signaux pointent vers une escalade maîtrisée, sans rupture brutale mais avec un affrontement global bien engagé.
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