Karim Tabbou critique la diplomatie algérienne sur le Sahara occidental
L’opposant algérien Karim Tabbou publie une nouvelle chronique hebdomadaire où il dénonce les contraintes judiciaires pesant sur lui depuis plus de 34 mois. Il s’interroge surtout sur les négociations confidentielles en cours à Madrid concernant le Sahara occidental, voyant dans la participation algérienne un aveu d’affaiblissement diplomatique.
Contrôle judiciaire prolongé et justice instrumentalisée
Karim Tabbou, figure emblématique du mouvement Hirak, s’est présenté, comme chaque lundi, à la caserne de la sécurité intérieure pour signer le registre de son contrôle
judiciaire. Cette mesure, imposée depuis plus de 34 mois, excède largement les durées prévues par la loi algérienne, qui limite généralement ce type d’obligation à douze mois. Lors de sa dernière comparution, un avocat a soulevé la question de cette prolongation jugée abusive, mais la juge d’instruction s’est contentée de hausser les épaules, affirmant avoir clôturé l’instruction tout en attendant la programmation du dossier.
Ce geste, que M. Tabbou décrit comme révélateur d’une justice dépassée, illustre selon lui l’instrumentalisation du système judiciaire pour museler les voix critiques. Malgré les assurances de la magistrate, le dossier demeure bloqué, probablement sous l’effet de consignes venues d’en haut, comme le suggère l’opposant dans sa chronique publiée le 17 février 2026 sur les réseaux sociaux. Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de poursuites visant les militants politiques, où les procédures s’éternisent pour les opposants tandis qu’elles progressent à vive allure quand il s’agit de proches du pouvoir.
Ainsi, ce rituel hebdomadaire de signature est devenu aux yeux de Karim Tabbou le symbole de l’état de la justice en Algérie, réduite à un instrument de contrôle plutôt qu’un garant de droit.
Négociations de Madrid sous patronage américain
Les pourparlers sur le Sahara occidental, actuellement tenus à Madrid sous le haut patronage de l’administration américaine, retiennent particulièrement l’attention de l’opposant algérien. Ces discussions réunissent pour la première fois l’Algérie, le Maroc, le Front Polisario et la Mauritanie, dans un format marqué par une stricte confidentialité.
Selon Karim Tabbou, cette discrétion n’est pas un simple choix tactique mais le signe d’un basculement historique pour Alger, confrontée à une épreuve stratégique majeure dans une région maghrébine où ce dossier pèse depuis plus d’un demi-siècle. Dans ce contexte, l’Algérie accepte de prendre part à un cadre imposé par Washington, où la proposition d’autonomie marocaine est désormais présentée comme base réaliste, en accord avec les récentes résolutions de l’ONU.
Cette participation directe met fin à des décennies de déni officiel quant au rôle d’Alger dans le conflit, sans pour autant traduire un repositionnement volontaire. La confidentialité des échanges sert alors, selon Tabbou, à masquer la portée de cet affaiblissement diplomatique.
Contexte historique du revirement diplomatique
Le tournant décisif remonte à 2020, lorsque les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, bouleversant les équilibres régionaux. Tandis que Rabat renforce ses alliances avec Washington et plusieurs capitales occidentales — Madrid, Londres ou Paris —, Alger reste enfermée dans une rhétorique héritée du tiers-mondisme, fondée sur la défense du droit à l’autodétermination.
Mais cette posture, souligne Tabbou, ne convient plus à un monde dominé par la logique des alliances stratégiques et des intérêts économiques. Le ralliement de l’Espagne, de la France et d’autres partenaires européens à la position américaine, conjugué à la neutralité de la Russie et de la Chine, a réduit considérablement la marge de manœuvre d’Alger. Les résolutions du Conseil de sécurité encadrent désormais le processus dans une dynamique favorable à l’initiative marocaine, contraignant l’Algérie à s’y soumettre.
Ainsi, la participation d’Alger aux négociations de Madrid marque moins une démonstration de maîtrise diplomatique qu’un ajustement forcé aux rapports de force régionaux.
Rôle des acteurs et fragilités internes
Karim Tabbou identifie clairement les nouveaux équilibres : les États-Unis pilotent les négociations, le Maroc consolide ses alliances, et l’Algérie adopte une posture défensive. Le Front Polisario et la Mauritanie complètent ce dispositif, mais c’est Alger qui, selon l’opposant, subit le plus son isolement croissant.
Pour Tabbou, cet affaiblissement extérieur découle de fragilités internes profondes. La dépendance aux hydrocarbures, l’érosion de la légitimité institutionnelle et la sous-exploitation du potentiel humain limitent la capacité diplomatique du pays. Dans un Maghreb-Sahel devenu champ de rivalités globales, seuls les États capables d’associer attractivité économique, cohésion nationale et stratégie prospective tirent leur épingle du jeu.
Selon l’opposant, l’approche idéologique d’Alger sur la question du Sahara occidental révèle ainsi un problème plus global : l’incapacité à adapter sa vision aux réalités du XXIe siècle.
Enjeux stratégiques pour l’Algérie
Pour Karim Tabbou, le véritable enjeu dépasse le dossier saharien et touche à la refondation complète de la politique étrangère algérienne. Il plaide pour une diplomatie fondée sur la crédibilité économique et sécuritaire, plutôt que sur des slogans hérités d’une autre époque.
En participant à Madrid, Alger donne selon lui le sentiment d’avoir perdu l’initiative, enfermée dans un format où ses positions traditionnelles sont marginalisées. Il voit dans la confidentialité de ces négociations une manière de dissimuler un revers politique, qu’il relie à l’absence de légitimité interne du régime. Une diplomatie forte, affirme-t-il, suppose une cohésion nationale, laquelle reste fragilisée par la répression et l’absence de débat démocratique.
Ainsi, le dossier saharien révèle davantage une crise de doctrine et de gouvernance qu’un simple ajustement diplomatique.
Vers une refondation nécessaire
Pour l’avenir, ces négociations pourraient néanmoins représenter une occasion de redéfinir la place de l’Algérie dans le Maghreb et au-delà. Tabbou appelle à une triple exigence : moderniser la doctrine diplomatique, élargir la conception des relations extérieures et renforcer la légitimité interne par la cohésion démocratique.
Le pays dispose de sérieux atouts — richesse énergétique, position géostratégique, profondeur africaine et méditerranéenne —, encore faut-il les inscrire dans une vision d’ensemble. Dans un monde fondé sur la puissance d’alliance et la stabilité institutionnelle, les proclamations sans réformes n’ont plus de poids, prévient-il.
Si le pouvoir persiste dans la répression et le déni, conclut Karim Tabbou, aucun repositionnement ne sera possible. Le Sahara occidental, longtemps pilier de la diplomatie algérienne, pourrait alors devenir le révélateur d’une époque révolue — ou, au contraire, le point de départ d’un véritable sursaut national.
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